Un prix pour Vicky…celui de la mère absente!

Message d’une fille à sa mère…

Préambule

J’ai ( Vicky) demandé à ma fille Camille de m’écrire un petit texte il y a quelques semaines, on voulait la faire participer dans notre blogue. Comme jeune voyageuse, je trouvais intéressant qu’elle partage ses expériences sur le sujet qu’elle voulait. Elle a fait un Workaway comme nounou sur un catamaran pendant 3 mois, elle a travaillé quelques mois dans l’Ouest canadien pour parfaire son anglais dans un programme d’échange, elle a fait quelques voyages dont le Costa Rica, l’Italie, l’Islande et la Thaïlande notamment. Enfin bref, elle avait carte blanche. Et puis je reçois ce texte, rempli d’amour et de vulnérabilité de ce que c’est d’avoir une maman nomade.


J’ai douté de partager son texte. J’avais honte, j’avais mal. Ensuite, j’ai voulu lui faire changer des mots, et même retiré certains passages. J’ai pris du recul, j’ai laissé mon ego de côté, et j’ai accepté la réalité qu’effectivement j’avais décrochée le prix Nobel de la mère absente dans la dernière année ! Si j’ai décidé de le partager avec vous, c’est pour continuer d’être vrais et transparents dans notre réalité. Voyager c’est génial, et surtout un grand rêve devenu réalité. Ce n’est pas parfait, et il faut être réaliste, il y a de gros sacrifices. Pour nous, c’est LA plus difficile réalité de notre nouvelle vie de nomade.


Alors je vous laisse découvrir le message d’une fille à sa maman. Je ne pourrais être plus fière d’elle, et de l’être humain sensible et courageuse qu’elle est et qu’elle devient. Camille, j’aurais aimé être la moitié de ce que tu es à ton âge, tu me pousses à devenir meilleure comme être humain, et tu me permets de devenir courageuse seulement en te regardant faire tes choix avec ton cœur.

Bonne lecture !

Ma mère, elle a remporté le prix, celui de la mère absente.

« Et ta mère, elle fait quoi dans la vie ? » Souvent, quand je reçois cette question, j’hésite entre dire un peu n’importe quoi ou dire la vérité, elle est nomade. Pas parce que je ne suis pas fière d’elle ou même parce que je ne l’admire pas, juste pour la simple et bonne raison que les questions qui suivent, parfois elles me font mal.

Quand mon besoin de voyage a débuté

C’est quand j’ai eu pas loin de 14 ans que j’avais pu trop le goût d’être ici. Je me sentais prise entre quatre murs, assis sur un banc d’école à fixer sans trop écouter, la personne qui parlait devant moi. C’est vers l’âge de 15 ans, pendant mes cours, que j’ai commencé à faire des calculs de budget et à dessiner la mer pis les montagnes. Parfois, c’était des étoiles ou des fleurs, mais principalement, rien qui m’entourait. À 16 ans c’est devenu concret, j’ai commencé à m’informer sur des emplois un peu partout à travers le monde. Honnêtement, n’importe quoi. De femme de ménage en passant par fermière ou même nounou. Je me souviens exactement du moment où j’ai pris la décision que je partais sans même en parler à qui que ce soit. J’étais dans mon cours de math, et j’en étais déjà à mon quatrième échange de courriel avec une famille qui recherchait une fille au pair. C’était fait. Couler dans la roche, le béton, n’importe quoi tant que ce soit ben ben difficile à briser. J’allais partir après l’obtention de mon diplôme de secondaire 5. Partir où ? Ce n’était pas trop clair, mais ce serait sur un catamaran, navigant sur la mer des Caraïbes entre la Colombie et le Panama. N’importe où faisait mon affaire pour être franche.

« Maman, je t’aime, mais je pars en septembre, et un peu plus loin que tu penses . »

Ça été un peu la pagaille. Genre pas loin du chaos.  « Non, mais Camille, tu dois poursuivre tes études, le Cégep, l’université ? » Un peu le discours auquel je m’attendais. Je la remercie surtout pour ça. C’était beau, pur et vrai. Je ne comprenais pas trop à ce moment-là que c’était de l’amour. Je m’étais dit que si elle ne voulait pas comprendre, j’allais déménager loin d’elle, juste pour qu’elle sache que son rôle de mère, c’est juste d’accepter les choix qui me rendent heureuse. Eh bien, c’est ce que j’ai fait. Je m’excuse encore un peu pour ça, mais pas trop. Parce que regarde où nous en sommes aujourd’hui.

Les semaines ont passées. Puis les mois aussi. Le temps de mon oral de fin d’année en français est arrivé. Les voyages forment la jeunesse : c’est évidemment le sujet que j’ai choisi. Je me souviens très clairement le soir où je l’ai récité à ma mère. Elle s’était mise à pleurer. Dans notre sofa blanc. Celui que j’avais vu peu souvent les dernières semaines. Elle s’était mise à pleurer et c’était beau, c’était pur et surtout vrai. Ma dernière phrase c’était une phrase banale comme : de quoi veux-tu te rappeler quand tu vas être sur ton lit de mort ?

De quoi vas-tu te rappeler ?

Et voilà, finalement, elle était fière de moi quand le directeur a annoncé à la remise des diplômes : « Camille Béland, globe-trotteuse naviguant prochainement sur la mer des Caraïbes. » J’étais un peu gênée, mais pas ma mère. Et la chorale a amorcé son chant, elle s’est mise à pleurer sur ces paroles :

 « Mes chers parents je pars,
Je vous aime, mais je pars,
Vous n’aurez plus d’enfants,
Ce soir,
Je ne m’enfuis pas je vole »

Et puis c’était son tour…

Pas longtemps après, elle m’avait annoncé qu’elle allait vendre la maison, lâcher son emploi et partir faire le tour de monde avec l’amour de sa vie, mon Pascal adoré.

Aujourd’hui, je comprends un peu plus pourquoi elle voulait me retenir. Aujourd’hui, elle comprend un peu plus pourquoi j’ai décidé de partir. Aujourd’hui, on se comprend un peu plus. Demain, on verra. Mais maman, ton prix de la mère absente, il te va à merveille. Tu le portes comme un gant. Et j’aime son allure sur toi. Tu brilles jusqu’à la lune. Je t’aime, même si ça me fait mal. Cette douleur, elle est belle, pure et vraie et elle me rend forte, indépendante et heureuse.